La vengeance de Señorita

Publié le par Fleuriste Mélomane

 Señorita mettait courageusement de l'ordre dans ses fichiers de son ô combien indispensable ordinateur.

Ah quel objet merveilleux, l'ordi!

Adieu les stylos qui fuient, chao les brouillons, finie la paperasse, (oui enfin, quand on jette un oeil dans le bureau de Señorita, Apocalypse Now c'est de la gnognote : sans frontale point de salut!). Bref, Señorita est une prof d'aujourd'hui, à la pointe de la modernité : jamais sans son PC.

C'est avec une joie non dissimulée qu'elle s'etait attablée ce matin-là pour ranger, trier, effacer même tous les fichiers qui se balladaient gaiement sur son disque dur.

C'est ainsi au grès des répertoires, qu'elle tomba sur un vieux fichier datant de heu... très très longtemps... du temps où Señorita vaquait avec les grands dadets de lycéens.

Méga flash back donc pour notre Señorita.

Qu'est-ce que c'est que ça???? Ah ouiiiiiiiiiiiiiiiiii, s'écria Señorita... La fameuse lettre qu'elle avait écrit pour une de ses chouchoutes.... Une petite histoire qui remonte à bien longtemps.

C'était une belle époque pour Señorita : elle avait l'immense honneur de travailler avec les « spécialistes », ceux qui choisissent l'espagnol parce qu'ils adorent ça, (à raison de 6h/semaine, il vaut mieux pour eux!).  Señorita suivait un groupe de coquettes (un seul mâle dans le groupe), dont l'écrasante majorité étaient des élèves modèles ( 0 discipline, 0 punition, 0 coups de gueule : bref que du bonheur!) Elle les avait déjà eu en 1ère, et s'était positivement éclatée avec eux (et eux avec elle...) : c'était un groupe comme on en a peu dans une carrière : du style à foncer au CDI dès qu'on se risque à leur conseiller un bouquin, le genre attentif et avide d'en savoir plus, le genre ras de marée de bras levés à la première question : et zou, la parole circule comme qui rigole. Trop bon.

Il y avait dans le groupe 3 ou 4 donzelles qui subissaient Señorita depuis la seconde : de purs produits Señoritesques enn somme. Les rares élèves avec qui Señorita garde encore contact : elles font toutes de l'espagnol à la fac, sont parties au soleil et remercient sans cesse Señorita de leur avoir donné l'envie. (Immense satisfaction de notre Seño.)  Avec ces filles là, peu à peu, au bout de tant de cours, de tant de petits bonheurs, à force de mesurer leurs progrès, Señorita avait fini par les apprécier vraiment. Séquence émotion Messieurs-Dames : Señorita garde encore dans son coeur une petite place pour ses Pardalitas.

Nous voilà donc la veille du BAC BLANC. Epreuve orale difficile mais vous l'aurez devinez, les chouchoux de Señorita étaient fins prêts et envisageaient assez zens ce petit entraînement.

C'était sans compter que dans le lycée, c'était pas vraiment une partie de plaisir : les élèves des uns étaient interrogés par le prof des autres. Le truc tout à fait normal me direz-vous, on met l'étudiant en situation d'examen. On prend son regard froid et on l'intimide à max pour mesurer sa capacité d'adaptation, on fronce les sourcils à la première erreur FAUTE... Bref on le met le plus mal à l'aise possible (on espère bien que le candidat va s'effondrer dès qu'il aura passé la porte : GLOIRE de l'enseignant, mission accomplie) C'est ce que faisaient allègrement les collègues de Señorita : ces vieux fossiles décrépis se la jouaient Trash métal pendant les épreuves : histoire de régler de vieux comptes encore suintant. Donc pour résumer la situation : Señorita était en habit de lumière avec les élèves et en armure d'acier inoxidable avec les collègues.

Señorita avait vaguement prévenu ses chouchoux : à demi mot bien sûr parce qu'il est FORMELLEMENT interdit de critiquer les Collègues même si ce sont des sales cons intolérants.

Et les épreuves de commencer...

Et les critiques de suivre : « Hey Seño, il paraît que vous ne savez pas faire une introduction... » « Hey Seño, il semblerait que vous n'avez rien compris au texte... » « Hey Seño, on m'a dit que «XXX » ça ne se disait pas comme ça... »  Colère contenue de Señorita qui avait l'habitude de ce type de retours merdiques.  «Hey, Seño, vos collègues, ce sont de vrais c.....S » Ben oui, ils étaient gentils les élèves de Señorita mais pas débiles : ils avaient bien compris ce qui se tramait derrière tout ça...  « Mais nooooooooooooooooooooon, ils ne sont pas cons, ils sont, heuuu, ..., différents... »


Chaque chouchou, à peine sorti du purgatoire,venait narrer l'épisode à Señorita, égrenant ainsi les sales remarques, les attitudes malveillantes, les regards noirs, les je me mouche et/ou je regarde par la fenètre et/ou je soupire pendant que tu causes. « Je me suis planté Señorita » répétaient-ils, déséspérés. Faut les comprendre, coefficient 5 au bac s'te plait! 
Hé bé, se disait Señorita, ils font très fort cette année ! On va tous les dégommer les Spé de Seño. Elle va en prendre plein sa face de jeune prof dynamique. On va lui faire passer l'envie d'avoir plein de projets pédagogiques, fissa.

Señorita contenait comme elle pouvait la haine viscérale qui montait : les récits étaient plus navrants les uns que les autres. Et puis ça a commencé à se savoir : les victimes racontaient aux autres, qui n'étaient pas encore passées, l'enfer dans lequel elles allaient plonger... Tensions dans le couloir : les plus fragiles pleuraient d'angoisse avant même d'être entrées, d'autres prirent l'option « on va voir ce qu'on va voir » ; opération gants de boxe.

C'est dans ces conditions qu'entra Miss-Regard-qui-tue, dans la salle de Madame Soy-la- mejor-del-universo : enemmie jurée de Señorita depuis le jour où elle lui avait annoncé que comme ELLE elle était espagnole, il lui suffisait d'ouvrir la bouche pour que les apprenants apprennent... Abracadabra. Blablabla.

Miss Regard-qui-tue étaient une des préférées de Se
ñorita. Le genre d'élève rebelle, maline, mais agressive. De celles qui demandent un certain savoir-faire, une stratégie d'approche. Tous ceux qui la prennaient en frontal plongeaient illico dans un conflit dur et violent. Total : plusieurs exclusions à son actif, manque de respect envers ses professeurs, bagarres dans la cour, Miss Regard-qui-tue était l'élève à abattre pour une majorité de collègues.
Se busca Miss-Regard-qui-tue.
Et bien notre Se
ño, elle avait décelé rapido la ptite lumière chez la môme, elle avait usé de fines stratégies et travaillait très tranquillement avec elle, riant de ces remarques « brutes de décoffrage ». C'est souvent comme ça, quand ça resiste en face, Seño kiffe.

Vous vous doutez bien que Señorita avait personnellement briffé la gamine : ¡Tranquila mujer!
Mais hélas, trois fois hélas rien n'y fit.

Señorita attendait dans le couloir l'arrivée (massive bien sûr) des secondes lorsqu'elle vit chouchoute furibarde sortir la salle d'en face.
Rugissement de colère « Si c'est ça, j'me caaaaaaaaaaasse ».
Fermeture fracassante de porte.

OUPS!!

La gamine fulminant se retrouva nez à nez avec Señorita qui essaya par un geste de bienvenue doublé d'une parole compatissante de calmer la féroce. Ni une ni deux, la Gamine fit demi tour criant haut et fort que vraiment l'avait beau être prof, faut pas déconner, elle s'prend pour qui l'autre là, y'en a marre, j'me casse sinon j'lui colle un pain et BASTA...

OUPS!!!

A ce moment, Madame Soy-la- mejor-del-universo ouvrit la porte plus tôt ébranlée fonça tête baissée vers Señorita et se mit à raconter SA version des faits taillant de ce fait un costard à la môme pour les 30 années à venir . Et Rapport disciplinaire, Et je n'ai jamais vu ça de toute ma Carrière, et le Respect du prof, bordel, et c'est une Agression :  Conseil de discipline! Avec toutes les casseroles qu'elle se paie, elle va pas rigoler longtemps.

Beuh

Comment te dire chère collègue???

Señorita eut bien envie de lui expliquer la life à cette grosse salope mais elle resta très calme : invita l'autre à rédiger un rapport, lançant tout de même avec l'air le plus stupide qui soit, qu'elle était fort étonnée, que l'élève travaillait bien cette année, à l'oral et tout et tout, qu'elle ne l'avait jamais vu dans cet état... Bizarre non??

Le temps passe...

Miss regard-qui-tue-, un peu calmée, propose une version bien plus vraisemblable : elle a campé sur ses positions sur un mot de vocabulaire défendant du même coup le boulot de sa prof adorée ( ;-) ). Madame Soy-la-mejor-del-universo ne supportant pas la moindre résistance avait poussé à bout la môme argumentant à grands coups de diplômes et de son N'experience professionnelle, la trainant le plus possible dans la boue : "Quand on a une réputation comme la vôtre, on se tient à carreau, Mademoiselle, on se tait, et on écoute.

OUPS !!!
Coucouche panier! Comme ça dans la tronche de Miss Regard-qui-tue, c'est comme si tu taquinais un taureau de combat : gratte gratte gratte... S'il n'y a pas des gros barreaux qui te séparent de l'animal, t'as intérêt à courir vite après...

Et l'affaire vire au vinaigre.  C'est le problème quand on a une réputation comme Miss-Regard-qui- tue, on ne pèse pas bien lourd face à Madame Soy-la-mejor-del-universo (30 années de fossilisation dans l'établissement : le Mamouth non dégraissé dans toute sa splendeur.) « J'exige une lettre d'excuses » répétait Soy-la-mejor-del-universo, perfide « Si non, Conseil de discipline, elle ira passer son bac ailleurs... »

Señorita retrouva Miss Regard-qui-tue qui portait bien son nom ces temps-ci, lui expliqua pausément qu'elle n'avait qu'à rédiger vite fait une lettre. Que ça allait beaucoup trop loin, tout de même, pour un mot de vocabulaire franchement! Il fallait être plus intelligente (faut être honnète, on était cerné) et régler le problème en souplesse. « Elle peut se la foutre au cul sa lettre, C'est elle qui doit me présenter des excuses, j'ai le texte dans ma poche, le BO ch'sais pas quoi là, c'est écrit comment ça doit se passer un oral... » Et là, rageusement elle sort la page du BO qu'elle avait trouvé sur Internet, ainsi qu'une photocopie du dictionnaire Maria Moliner, qui prouvait bien qu'ELLE avait raison, elle l'avait appris par coeur le voc sans dèc (Señorita aussi avait donc raison : et toc!)

OUPS !

Ça s'annonçait plutôt mal : elle balança les documents sur le bureau du Proviseur devant Madame Soy-la-mejor-del-universo qui n'en mena pas large pendant 2 secondes. Mais tout ce beau monde se serait plutôt pendu que de reconnaître son erreur. On demanda à Miss Regard-qui-tue de changer de ton et de rédiger une lettre d'excuses parce que quoi qu'il en soit, « ça ne se fait pas ». Bèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Si elle s'était vraiment laissée aller, elle aurait sûrement tout envoyé baldingué... Mais non, Miss Regard-qui-tue quitta le bureau, marmonnant toute sa haine et fonça dans la salle de Señorita.

« Vous l'auriez fait, vous? À 17 ans ? Vous l'auriez écrit cette foutue lettre d'excuses???? »

!AY qué dolor! Ben NON.... non...  Alors Señorita commença à réfléchir...

Alors Señorita décida de régler le problème en souplesse.

ET c'est ainsi, que Señorita rentra chez elle, assez satisfaite faut bien l'avouer, de son idée de génie. Elle chercha quelques instants sur son étagère et en sortit un manuel scolaire, un vieux manuel de primaire, un livre espagnol, un vieux livre espagnol datant de 1954... La belle époque où les enfants respectaient leur maître !!! Elle s'y plongea avidement et trouva un chapitre entier dédié à la bonne tenue d'un bon petit espagnol bien élevé et respectueux des règles de la Patrie.


Elle fit jurer le silence aditam eternam à Miss Regard-qui-tue. Trop heureuse de la parade que lui proposait Señorita, la môme glissa deux ou trois erreurs en recopiant la missive et alla la donner à Monsieur le Proviseur, lequel ne cacha pas sa satisfaction d'avoir ramené une telle furie à la raison.


Señora Soy-la-mejor-del-mundo,


Me veo obligada a escribirle una carta de disculpas por la actitud que tuve para con usted.

No ignoro que trabajar es una obligación y que por consiguiente mi principal deber en la escuela es estudiar, estar atenta, y hacer con el debido cuidado las tareas señaladas. Debo ser sumisa al profesor, cumplir exactamente todas sus obligaciones, y recibir con humildad las correcciones.

En eso, he fallado: hubiera debido evitarle disgustos.

Haga usted el favor de perdonarme.


Le saluda atentamente,




Señorita n'entendit jamais plus parler de l'incident.

Elle aurait A-DO-RE être une petite souris pour voir la tronche de MadAAAAAAme ...

Après un groupe comme celui-là, elle se sentait bien incapable de continuer en lycée.

(16 de moyenne au bac, Coefficient 5, C'est KIKI sait pas faire les intros hein?) Trop de bonheur avec ces chouchoux!

Mais avec des collègues comme ça,
«j'me caaaaaaaaaaaaaaasse » rugit Se
ñorita.
Fermeture fracassante de porte.

Mut' de Señorita

Publié dans Les cris de Señorita

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Miss Regard-qui-tuait 25/11/2008 12:33

"du style à foncer au CDI dès qu'on se risque à leur conseiller un bouquin" toutestrelatif...lesprofsfautpastoujourslesécouter,nousétudiantssavonsfairelapartdeschoses ;-)

"ces vieux fossiles décrépis" "30 années de fossilisation dans l'établissement : le Mamouth non dégraissé dans toute sa splendeur" il serait tps de penser a la retraite... pour le bien du cercle profesionnel et le rétablissement moral de l'élève jaja

« Elle peut se la foutre au cul sa lettre, C'est elle qui doit me présenter des excuses" Et je persiste a dire que ca aurait du se passer dans ce sens la... cet autre ambassadeur en carton ne cherchant pas plus loin que le bout de son nez

soy-la-mejor-del-universo s'est trompée d'époque... au détriment de nombreux élèves!

Tomaaaaaaaaaaaaaaa!!!!!!!

Miss Regard-qui-tuait...

Stéph le pion!!! 04/11/2008 14:21

Mince, comment ça je suis célèbre??? Il y a eu des statut en purée de cantine fabriquée à mon image??? célèbre auprès de toi? non?! tu m'intrigues!

(Steph le Pion ça passe, ou c'est mieux Hessbi?)

Fleuriste Mélomane 04/11/2008 15:45



Les statues en purée à ton image : je n'en doute pas... Mais à la cantoche seulement! 
Tu es célèbre au même titre que La Prof, La Morue, Sof', Charly ou Bbkmel : fameux en ces lieux car je suis sortie hilare de ton blog... Preuve de talent! 
Steph le pion ou même Le pion : c'est parfait!



Stéph 04/11/2008 14:04

Tu as touché ma faille : l'espagnol!!!
Même la prof d'espagnol me taquine en me parlant tout le temps en espagnol sachant que je comprends rien, quand elle fait ça devant ses élèves ça devient drôle, mais pas pour tout le monde...

Fleuriste Mélomane 04/11/2008 14:16


C'est bien pour ça que certains Z'amis m'appellent la BRUJA BUENA (la gentille sorcière) : je suis très, très cruelle...
Je t'invitais juste à signer de ton nom d'artiste parce qu'en ces lieux, tu es célèbre!  


Stéph 03/11/2008 12:11

Moi aussi ça me plait bien ton blog!!!
Hop j'ajoute!!!
ça, c'est fait!

Fleuriste Mélomane 04/11/2008 13:57


Muchas gracias. Puedes firmar con tu nombre de artista porque AQUI eres actor :-) y famoso ;-)


L.P. 01/11/2008 14:27

Et alors, on le monte quand notre super lycée de pointe?
PS : il me semble que tu pourrais être un peu plus compatissante pour ceux qui ont fait allemand/anglais à l'école...

Fleuriste Mélomane 01/11/2008 14:43



Quand on aura une prime de risque hinhinhin...

J'attendais le cri d'un autre pour glisser une trad' de la missive. 

Madame Je-suis-la-meilleur-de-l'-univers, 
Je me vois obligée de vous écrire une lettre d'excuses en raison de l'attitude que j'ai eu envers vous. 
Je n'ignore pas que travailler est une obligation, et que par conséquent, mon principal devoir à l'école est d'étudier, être attentive, et faire avec le soin attendu les tâches indiquées. Je dois
être soumise au professeur, ne manquer à aucune de mes obligations et recevoir humblement les corrections.
En cela j'ai failli : j'aurais dû vous éviter ce désagrément.
Je vous prie d'accepter mes plus plates excuses.

Olé
Merci à toi La Prof, qui évite aux germanistes/anglicistes de tomber dans le désespoir de l'incompréhension...